Nous avions déjà fait un stage de chant sacré itinérant autour du Malzieu, en Lozère, en 2024. Tout le monde en avait gardé un souvenir merveilleux, et j’avais très envie d’y retourner pour continuer d’explorer cette région extrêmement riche en patrimoine. Cette deuxième édition a été à la hauteur de mes souvenirs : lieux incroyables, accueil extraordinaire, nourriture succulente, et de petits bijoux architecturaux ! Pour cette deuxième édition, je peux dire ue nous sommes toujours aussi bien accueillis au petit château du Villard, la Lozère nous a dévoilé certains de ses trésors, et nous avons fait résonner de nos voix des lieux particulièrement magiques…
Je vous raconte ici nos cinq jours de stage, avec une vidéo par jour ! C’est un vrai vlog maintenant !
Comme à chaque fois que nous faisons un stage, la magie du groupe a opéré : de belles âmes, venues de toute la France ou presque, pour que se forme un beau groupe, avec une belle écoute, du partage, de la bienveillance… un beau terreau pour travailler la voix ! Des liens qui se créent, des amitiés qui naissent sous nos yeux, le plaisir de partager des émotions avec des personnes qui vibrent et qui résonnent à la même fréquence : c’est important (et ça le sera de plus en plus.) Une grande partie de la magie d’un stage se passe au niveau de la dynamique du groupe, et si je veille à ce que tout le monde se sente à son aise rapidement, c’est à la fois pour créer une ambiance agréable, mais aussi pour que l’enseignement soit plus efficace. Pour bien chanter, il faut que chaque personne sente qu’il y a une place pour elle. Comme des nénuphars qui s’épanouissent sur un lac, les uns à côté des autres sans se gêner, chaque chanteur doit pouvoir oser épanouir sa voix, trouver sa juste place et rayonner, dans toute l’authenticité de sa vraie voix. Chaque voix est importante, avec ses forces et ses faiblesses et ensemble nous créons quelque chose de plus grand que la somme de toutes les voix. Si vous chantez déjà en chorale, vous savez exactement de quoi je parle !
JOUR 0 : l’installation et la découverte
Nous sommes tous arrivés la veille et nous avons commencé le stage dans l’après-midi, tranquillement, pour faire connaissance… comme tout le monde arrive de loin et que les voyages sont fatigants, il faut vraiment prendre le temps : Un bon échauffement corporel dehors, avec le son des grillons, des ânes et des vaches en doux bruit de fond, puis un travail vocal pour s’enraciner, se recentrer, trouver de la détente. Tout autour de nous, l’air est tranquille, et les merveilleux parfums qui se dégagent de la cuisine de Valérie et Wilfrid viennent parfois me déconcentrer ! Le démarrage se fait tout en lenteur, le rythme s’accélèrera au fur et à mesure. De même, nous commençons à travailler un premier morceau de Hildegard Von Bingen, le O frondens Virga, en prenant vraiment le temps de s’imprégner du mode, de l’ambiance, de l’écriture. Tranquille, tranquille, mais beaucoup plus efficace pour la suite que de se jeter à corps perdu dans le complexe univers de Hildegard.
Jour 1 : Rencontrer Ste Hildegard Von Bingen
La préparation corporelle s’est faîte devant le petit château du Villard, entourés de verdure, et sous les regards inquisiteurs des milans royaux qui planaient au-dessus de nos têtes. Nous avons continué à travailler la résonnance des voyelles, et après le déjeuner nous sommes allés à l’église de St Chély d’Apcher pour continuer à travailler le O frondens Virga, dans une acoustique adaptée à ce type de chant. J’ai trouvé l’acoustique de cette église généreuse dans les mediums, une réverbération assez longue, mais pas trop : très confortable pour chanter. Nous avons poursuivi la quête de l’acoustique vers la chapelle médiévale d’Apcher. Un endroit que j’aime particulièrement, avec une vue très vaste, les restes d’un château et cette petite chapelle du XIIème siècle, absolument adorable ! Il y a là une sculpture en bois de St Jacques de Compostelle qui a tellement de présence que parfais j’avais l’impression que c’était un stagiaire et je me disais de manière fugace « pourquoi il ne me regarde jamais celui-là ? » .
J’avais promis de prendre un moment pour parler de Hildegard, de sa vie, de son oeuvre, alors les stagiaires ont eu la gentillesse d’écouter mon exposé pendant une heure après le repas du soir. (Heureusement, repas léger -et délicieux- ce soir, personne n’a dormi pendant la conférence !) Il y a tellement de choses à dire sur Ste Hildegard, et on entend un peu tout et n’importe quoi sur elle, alors je crois qu’il était très intéressant de remettre sa vie dans un contexte, pour mieux comprendre sa portée et faire le tri des informations.
Jour 2 : Déconnexion et connexion
Ce jour -là, nous sommes allés plus loin, nous sommes même sortis de la Lozère, ce qui a permis de découvrir de très beaux chemins, des forêts denses, des chaos et des « trucs », comme ils disent là-bas, des chapelles médiévales et des fermes fortifiées, pour arriver à destination, à Chanteuges, dans l’Allier, où un magnifique prieuré se dresse sur son éperon rocheux fait d’orgues basaltiques. Nous étions comme seuls au monde, dans un autre temps, en connexion avec toutes les personnes qui sont passées sur ce lieu sacré depuis le néolithique. Vous verrez sur cette vidéo la paix qui se dégage du lieu, les magnifiques chapiteaux, et les participants qui progressent dans leur apprentissage. Le kyrie commence déjà à très bien sonner ! Aujourd’hui j’ai mis le paquet sur le travail respiratoire du chanteur et la détente de la mâchoire, et je sens que ça travaille bien ! J’ai adoré l’acoustique de l’abbatiale, parfaite pour un cours de chant grégorien, juste un peu de réverbération pour soutenir la voix, mais assez sec pour pouvoir parler confortablement et expliquer les points importants; Mais ce que j’ai préféré, c’est notre passage dans le cloître :
J’ai toujours adoré les cloîtres, l’ambiance y est particulièrement apaisante. C’est à la fois un espace clos et un espace ouvert, qui permet une connexion à soi et au monde. Ce petit cloître était parfait : pas un souffle d’air, température idéale, plein d’oiseaux qui chantent, pas de touristes, un son de cloche bienvenu … tout pour la paix, l’enracinement, la méditation, la déconnexion et la connexion 🙂
Jour 3 : Le travail vocal en profondeur
Nous rentrons vraiment dans le coeur du sujet. Le travail se fait plus précis, plus intense, et je propose aujourd’hui un cours sur les modes médiévaux et l’évolution du chant grégorien au fil de l’histoire. C’est un sujet qui me passionne, je pourrai en parler pendant des heures ! C’est une conférence que je propose assez souvent à l’Abbaye du Thoronet pour les scolaires, alors petit à petit j’ai su réunir des anecdotes marquantes ou amusantes pour retenir l’attention du public difficile que sont les ados ! Dans ce stage, point d’ados, mais il est toujours bon de faire rire, c’est le meilleur moyen pour apprendre et retenir.
Pendant cette journée, en préparation corporelle, nous avons travaillé l’ouverture du coeur et le rayonnement. C’était beau ! Et nous avons toujours le beau temps pour nous accompagner à St Juéry où nous avons été sous le charme de la fontaine à côté de la rivière. Un endroit qu’on sent chargé d’histoire et où on a envie de passer du temps. Nous y avons fait quelques exercices avant d’aller répéter dans l’église juste à côté. Cette église est très particulière : elle est en pierre à l’extérieur, mais en bois à l’intérieur, ce qui a l’intérêt de produire une acoustique tout à fait différente des autres églises de Lozère. Justement, pour faire la comparaison, nous nous sommes arrêtés dans une autre église, typiquement lozérienne cette fois-ci, avec son clocher en peigne et ses trois cloches. La fontaine du village abritait un beau poisson rouge, comme vous pourrez le constater dans cette vidéo :
Jour 4 : la rencontre avec le public, une expérience vocale et émotionnelle
Le jour 4 a démarré comme chaque jour avec le savoureux petit-déjeuner du petit château du Villard : confitures maison et miel du voisin, à tomber par terre, brioche délicieuse, yaourt fait maison … tout pour nous régaler et régaler aussi les stagiaires qui ne mangent pas de gluten ! Nous répétons sous l’ancienne grange, là où il y a le four à pain, c’est charmant, on dirait une crèche avec les ânes et les vaches tout autour. Parfois les bruits agricoles du plus tout jeune voisin, (celui qui est né dans la salle à manger du petit château) nous accompagnent : c’est la vie à la campagne. C’est beau de voir une personne âgée aussi active dans son jardin. Nous voyons dans ses gestes tout le savoir ancestral paysan.
Puis, l’après-midi nous avons investi la petite chapelle St Vincent de Paul du Malzieu pour notre concert de fin de stage. C’est une étape importante de notre travail. Ce n’est pas le but du stage mais c’est un chemin… du coeur du chanteur au coeur du spectateur. Chacun et chacune fait de son mieux pour transmettre ce qu’on a vécu pendant ces quelques jours. Ce n’est pas une performance, d’ailleurs c’est un mot que je n’aime pas du tout pour décrire un concert. C’est pour moi un champs exploratoire, c’est un moment pour oser, partager, ouvrir le coeur, faire passer des émotions, faire vibrer, et surtout un moment pour observer tous ces phénomènes et voir l’effet que cela produit sur le public. L’échange énergétique et émotionnel avec le public fait vraiment partie du stage, c’est quelque chose qui se travaille, s’expérimente, s’enrichit, peu importe le niveau des chanteurs. Parallèlement à ça, j’aime en profiter pour emmener le public dans notre univers, raconter beaucoup de choses, les faire rire aussi, leur donner envie d’en savoir plus et de rentrer chez eux pour se précipiter sur internet afin de creuser des informations sur Hildegard, sur le chant grégorien, sur la résonnance … éveiller la curiosité chez un public qui est souvent là par hasard, je trouve ça génial. Nous plantons des graines de curiosité et nous ouvrons des fenêtres émotionnelles, mais au fond, n’est-ce pas la mission de tous les artistes ?
Voici des extraits du concert de fin de stage avec des images des 5 jours passés ensemble :
Le public a vraiment résonné avec nous. J’ai vu des regards surpris, émus, emportés, et aussi parfois des larmes… et des remerciements très très émus à la fin. J’ai eu l’impression d’une vraie rencontre, de celles qui chamboulent et qui laissent quelque chose de durable. Mission réussie ! Bravo tout le monde !
Je remercie chaleureusement le Petit Château du Villard, les paroisses de Lozère et de l’Allier, ainsi que la municipalité du Malzieu-Ville pour leur accueil. Merci au monsieur qui a pris des photos et qui a fait un article pour Lozère Nouvelles. Merci aux participants et participantes pour leur confiance et leur enthousiasme !
Si vous avez lu cet article de blog / vlog, merci de laisser un petit commentaire ci-dessous, comme ça je sais si ça vous intéresse et si ça vaut le coup que je continue de publier !
Merci !
Lisa Magrini, le 2 Juin 2026
Et flûte !! une fois de plus, j’ai eu les yeux qui transpirent en regardant et lisant de résumé de notre stage. VITE. que nous puissions nous revoir. choeurdialement. Marie
Quelle magnifique réussite ce stage.
Un voyage à travers le temps et les chants du moyen age. Des lieux qui accueillent parfaitement Hildegarde de Bingen interprétée par des stagiaires talentueux.
La Lozère, un département qui regorge de secrets historiques médiévaux.
Bravo à Lisa, une cheffe d’orquestre remarquable, sur tout les points de vue.
Au plaisir de vous accueillir de nouveau.