J’ai composé un oratorio ! Notes sur la composition

Dans quelques jours, je vais diriger l’oratorio que j’ai composé, je n’en reviens toujours pas car c’est la première fois que que je crée une oeuvre de cette envergure . C’est une commande du service culturel de la Mairie de St Maximin la Ste Baume dans le cadre du festival « St Maximin raconte … Marie-Madeleine ».

Je voudrais vous parler ici du processus artistique de cette création…

Quand il a fallu que je compose un oratorio sur Ste Marie-Madeleine, j’ai tout de suite su le thème que je voulais explorer et parmi toutes les facettes de la sainte, c’est celle de l’ermite en Provence qui m’attirait. Je voulais nous inviter dans les pensées de Marie-Madeleine pendant le temps d’un concert. Ses pensées, ses sentiments, ses émotions. Qu’est-ce que ça fait d’être ermite, d’avoir deux vies complètement différentes, d’être exilée, seule et en deuil. Est-ce que la Ste baume aurait pu lui évoquer des souvenirs de sa première vie ou bien au contraire, trancher vraiment ? Est-ce que parfois une odeurs pouvait lui rappeler sa vie passée ? Les arbres ? Les éléments ? Est-ce que le bruits des bourrasques de vent dans les arbres pouvait lui évoquer sa traversée de la méditerranée? Est-ce que le son des gouttes d’eau dans la grotte pouvait lui remettre en mémoire une autre grotte, celle qui a servi de tombeau au Christ ? Qu’est-ce que lui évoquait la brume qui remonte le long de la falaise ? Évidemment j’imagine tout cela avec mon cerveau de femme contemporaine et ce n’est qu’une vision artistique et consciemment anachronique.

C’est donc cette idée très précise de ce que je voulais mettre en musique, mais il était important pour moi que l’écriture passe par une autre sensibilité afin d’y amener de la fécondité. C’est Elena Hoyer que j’ai choisi pour écrire le livret car j’aime son écriture, et comme elle a déjà écrit pour des compositeurs, elle a cette habitude du mot appelé à être chanté.

Et puis elle a vécu ici, à l’ombre de la Ste Baume. Ça faisait vraiment du sens de l’incorporer à ce projet, et le résultat m’a amené une grande inspiration, tout en étant fidèle à ce que j’attendais !

C’est donc en quelque sorte la voix intérieure de Marie-Madeleine que l’on entend dans cet oratorio. Dans une rêverie méditative, ses pensées se mêlent aux souvenirs et aux sensations. Vous pourrez entendre parfois des souvenirs qui font irruption dans la pensée, comme dans « Exils Exils », interrompu par une prière en Araméen (seul texte qui n’a pas été écrit par Elena) chantée par le choeur d’enfants.

Cette voix intérieure est celle qu’elle pourrait entendre dans sa tête avant de s’endormir, d’où le titre qui a émergé « le rêve de Marie-Madeleine ». En l’occurrence, un rêve éveillé pour lequel j’ai choisi principalement trois voix solistes, car la voix intérieure n’a pas de timbre défini, et elle peut se moduler selon les émotions. Il ne faut donc pas être surpris d’entendre une voix de basse pour évoquer la voix de Marie-Madeleine ! J’ai aussi choisi la voix de ténor et la voix de soprano, pour évoquer trois strates de pensées, plus ou moins profondes, plus ou moins conscientes.

L’inspiration est venu de la Sainte-Baume elle-même. J’y ai fais une résidence de création au mois de Novembre 2021 avec Elena Hoyer. Nous avons marché, nous avons écouté, nous avons beaucoup parlé et échangé sur nos ressentis. C’était ce moment magique, hors du temps, cathartique et très inspirant qui a fait naître cette pièce musicale.

Il y a dans la composition de cet oratorio toutes sortes de d’éléments qui viennent de la sainte Baume. J’utilise moins le piano comme un instrument accompagnateur qu’évocateur : les notes égrainées représentent pour moi le son des gouttes d’eau que l’on peut entendre en hiver dans la grotte de Ste Marie-Madeleine. Le son de l’eau y est à la fois rythmiquement très régulier et pourtant, les notes sont toujours différentes. C’est ce qu’on entend dans « la dernière prière ». J’ai aussi été inspirée par l’acoustique même de la grotte. Nous y sommes allée un matin de semaine, en plein novembre , il y avait absolument personne alors nous avons pu chanter, improviser, élancer nos voix sous ces voûtes naturelles. J’ai essayé de teinter ma composition des échos particuliers à la grotte.

J’ai été inspiré par les arbres, même ! Sur le chemin qui mène à la grotte, Elena avait pris de l’avance sur moi et elle chantait, à quelques dizaines de mètres plus loin. C’est alors que j’ai entendu pour la première fois un phénomène acoustique étrange. La structure de la forêt faisait que j’entendais la voix avec un léger délai ! J’imagine que la voix rebondissait sur les troncs d’arbres, et faisait comme une polyphonie naturelle (c’est ça, ou alors les arbres se sont mis à chanter!) Tout au long de la composition j’ai utilisé ces formes d’écho, parfois de manière subtile, comme une réponse au piano, parfois de manière plus appuyée quand les trois voix de solistes se déclinent en écho dans « Je suis venue les mains vides » .

Enfin, j’ai été inspirée par les choeurs des oiseaux qu’on peut entendre dans la ste Baume. La composition de l’oratorio a quelque chose des musiques traditionnelles dans la simplicité des mélodies, mais en même temps, je l’ai traité comme une œuvre polyphonique et tissée comme un chant d’oiseau. Les chœurs des chants d’oiseaux dans la nature semblent être régis par des lois incompréhensibles. Ma composition essaie de retrouver cette sensation de foisonnement, de discussion, entre plusieurs groupes, avec des voix qui s’arrêtent et qui reprennent subitement avec une logique très animale, naturel et et primitive, qui nous échappe un petit peu. C’est particulièrement le cas dans « Amis Arbres »

L’inspiration artistique est parfois facétieuse. Il y a eu cette situation amusante quand Eléna et moi-même étions en train de travailler, en tailleur sur un rocher de la Ste Baume. Je réfléchissais à comment mettre en musique les anges qui viennent chercher Marie-Madeleine sept fois par jour pour aller prier en haut de la Sainte-Baume, et tout ce qui me venait était une musique portée par des mots en anglais, je ne sais pas pourquoi ! J’entendais cette musique dans ma tête avec des mots en anglais : « Can you see me ? » J’étais très perplexe et presque gênée par l’anachronisme de l’anglais (bien que le français soit tout aussi anachronique, mais nous n’avons pas le choix !) Je repoussais cette pulsion anglophone jusqu’à ce qu’Elena, qui était en train de griffonner, me montre enfin ce qu’elle écrivait : « We see you. » Comme une réponse aux mots qui tournaient obstinément dans ma tête. C’est ainsi qu’il y a une courte pièce en anglais dans cette oratorio, c’est le choeur des anges, et ils chantent en anglais ! Ce n’est pas ce que j’aurais choisi volontairement pour cette scène d’ange mais comme ça c’est imposé à nous avec tant de force, j’ai respecté l’inspiration, je me suis inclinée et j’ai accepté que parfois les muses sont étranges (et qu’elle communiquent entre elles à notre insu!)

Dans « Gardiennes du Sacré », nous avons donné la parole à la Ste Baume elle-même et j’ai adoré ça ! Les enfants ont été émerveillé quand ils ont réalisé qu’ils prêtaient leurs voix à une montagne, et je crois que c’est leur pièce préférée !

La dernière pièce est la fin de la rêverie. « Il est temps » C’est à dire qu’il est temps de quitter la ste Baume et rejoindre St Maximin pour le dernier voyage. J’ai composé sur le texte écrit par Elena, mais pour cette dernière partie, nous ne le prononçons pas… c’est juste un cri du cœur qui exprime toutes nos émotions, sans passer les mots. Il y a certaines pièces comme ça, à l’époque médiévale. Un chant sacré, chanté sans paroles parce que parfois la parole n’est pas assez puissante pour exprimer nos émotions. Ce procédé s’appelait une jubilation. Ce terme a traversé les âges en perdant quelque peu de sa force ! Le rythme évoque volontairement les rythmes andins, de ces peuples vivants sur les hauts plateaux et descendant quelques fois par ans dans les plaines, en chantant. Pour moi c’est un rythme de départ.

Au final, ce qui m’importe c’est que ça fasse du sens pour nos cœurs. C’était un grand honneur pour moi de composer cet oratorio parce que j’ai passé une partie de mon enfance ici, je suis arrivé à Saint-Maximin j’avais 12 ou 13 ans, j’y suis revenue il y a 10 ans, et tous les jours, quand je sors de chez moi et que je prends la route, je suis face à la Sainte-Baume et à la Basilique, deux lieux très forts qui font partie de mon environnement immédiat ! J’ai vécu ces mois de composition comme une grande chance ! Composer un oratorio qui parle de Marie-Madeleine dans sa Sainte-Baume et le donner ensuite en concert à la Basilique de Saint Maximin, c’est vraiment quelque chose de très puissant pour moi.

C’était une expérience forte aussi d’avoir pu embarquer dans cette aventure autant de choristes du coin, expérimentés ou non. Une magnifique chorale éphémère à qui j’ai eu beaucoup de plaisir à transmettre la musique qui sortait directement de mon cerveau. Il faut dire que c’est une expérience particulière d’entendre pour la première fois quelque chose qu’on a créé dans sa tête! J’ai eu beaucoup d’émotions grâce à eux. J’ai senti qu’ils et elles étaient motivés, enthousiastes et très encourageants dès le départ, ils m’ont beaucoup aidée ! J’ai été honorée par leur confiance. Merci et bravo à tous les choristes ! J’ai une pensée particulière pour ceux et celles qui n’ont pas pu continuer avec nous pour des raisons de santé ou des raisons familiales. <3

Merci aux enfants de la chorale du conservatoire de la Provence Verte et merci à leurs parents !

Merci aux merveilleux musiciens qui complètent cette équipe : Clémence Ferrari (piano) Emilie Rose (violoncelle) Matias Miceli (Ténor et clarinette) Cyril Costanzo (basse) Emmanuelle Roccia (flûte traversière et soprano) Marie-Hélène Maitrehenry (percussion)

Je termine en remerciant particulièrement : Christiane Camelio, Danielle Estublier, Hélène et Michel Logerais, Luc et Lisette Lacouture et Pierre Mainetti, Philippe Blanc pour leur aide incommensurable !

Merci à ma famille d’avoir accepté avec patience que je disparaisse un peu dans les limbes de la composition. Merci spécial à Matias <3

Merci au conservatoire de la Provence verte pour le prêt de claviers et de salles de répétition d’urgence.

Merci à la Paroisse de St Maximin et au Père Florian Racine pour la confiance et le soutien.

Et bien sûr, un grand merci à la Culture de St Maximin pour cette opportunité de mener à terme cette expérience.

Et Maintenant, place à la musique !

RDV dimanche 3 Juillet à 21h30 ) la Basilique de ST Maximin la ste Baume !

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